21 mai 2010

LES NOUVEAUX KIDS

Les années 2000 ont vu le tournant marquant d'une mode enfantine extrêmement marquée de codes adultes - et même sexués.
Les inspirations à la mode de grand, ne sont pas en soi une révolution, puisqu'à peu près jusqu'au XVIIIe siècle, il n'y avait pas de mode enfantine, tu mettais ton corset à 6 ans et tu l'enlevais même pas puisqu'on t'enterrait avec. Ah oui, je suis désolée, si tu voulais que tes cotes se scellent ensemble pour que tu puisses avoir la taille fine, fallait donner un petit peu de ta personne.
Puis, vient le costume de marin, porté par Edouard VII quand il était petit qui devient le premier 'must-have' des bambins. Ce sont les prémices d'une mode réellement destinée aux enfants.


Avec les années 60's,  lorsque le prêt-à-porter et la culture jeune deviennent les nouveaux mots d'ordre de la société, les marques ciblent les enfants qui deviennent un véritable marché à part entière avec leurs propres marques, leurs univers. C'est la grande époque Jacadi et compagnie. (Comment réduire en 3 phrases l'histoire de la mode enfantine...).

Si pendant longtemps, ces marques ont dominé le marché, les années 2000 ont vu l'arrivée d'un certain nombre de changement. A l'époque où l'on te juge sur ton lifestyle, où ce que tu bois, mange, écoute, lis,  répond à une tendance, les enfants ne pouvaient pas passer entre les mailles. Si ton fils est mal habillé, c'est que tu n'as pas de goût. Les propositions sont devenues plus pertinentes, les marques plurielles, jouant parfois des codes d'adultes, parfois des codes d'enfants. 

Il y a d'abord eu la période 'bébé pute' où l'on aimait mettre un tee-shirt à paillettes roses et offrir un sting à sa fille pour ses 6 ans. Les filles prennent la pose façon starlette, une main sur leurs hanches inexistantes. En Baby Dior pour les plus chanceuses ou esprit 'Mini miss' pour les autres. 




Rassurez vous, cette période glorieuse de la mode est parfois encore d'actualité grâce à Suri Cruise, ses chaussures à talons et  son rouge à lèvres.

Aujourd'hui, deux mouvements dominent le marché en parallèle :
le 'mini me', avec l'esprit de famille à la Comptoir des cotonniers, où l'on s'habille comme sa maman. Ce qui nous a valu la déclinaison de l'intégralité des marques adultes en format enfant et, pour ces dernières, le carton plein en matière de ventes.


Sandro


Et, les nouvelles marques pour kids, qui mélangent les codes de l'adulte et les références de petits : la forme d'une veste et la couleur qu'on retrouve dans la mode pour grands, le détournement, la malice et les clins d'oeil d'une marque pour petits. 
Talc, Figer in the Nose, Zef ont changé la donne, BoboChoses, BangBang et Lucky Boy Sunday ont pris la relève, et toutes ont marqué le vrai changement intéressant de ces dernières années. 


A cet effet, je ne saurais que trop vous conseiller l'excellent site PetitHood (www.petithood.com) - Comment ça ce blog perd en objectivité ? - . 


Grâce à elles, c'en est fini des enfants qui font la moue, qui posent, qui toisent, très Vogue 2005, maintenant ils portent des masques, rigolent et jouent. Un peu comme des enfants en quelque sorte.

Interview sur les nouveaux Kids pour Rosebuzz - Janvier 2010
(cliquez pour agrandi













20 novembre 2009

LE POIDS DES PHOTOS

Si Paris Match devait réécrire aujourd'hui la phrase qui les a rendu célèbre 'le poids des mots, le choc des photos', les choses seraient-elles les mêmes ? A quel moment avons-nous glissé dans une société où l'image a plus de sens que les propos ? Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire le laïus entendu mille fois sur la présence - omniprésence de la publicité dans notre environnement, ce n'est pas mon propos. Ce qui est intéressant, c'est la manière dont les personnes lamba, vous et moi, utilisent l'image tous les jours afin de communiquer ce qu'ils pensent.

Un message groupé où des gens répondent en citant des paroles de films ou de pubs, plus qu'en répondant à vos questions. Une discussion sur un chat et quelqu'un vous envoie un lien, plus que de vous parler. Les 140 caractères de twitter : combien d'url vers une image pour quelques mots échangés ?
Des blogs privilégient l'angle de l'image à celui des mots, comme littleornowords par exemple. A l'origine, le blog était un journal intime en ligne, on sait l'évolution qu'il a connu depuis, vers un média à part entière. Et pourtant, ceux qui ne regroupent que de l'image sont une nouvelle sorte de carnet de voyages. Pas de lien entre elles, pas de chronologies, les images s'enchaînent, entre envie, attirance formelle, coup de coeur ou pensée passagère. Quelque chose de finalement encore plus émotionnel que les mots, mais tout aussi personnel.

Internet a rendu si accessible les images et nous permet de récupérer en un clic celles d'un film culte ou celles d'une paire d'escarpins que l'on aimerait acheter, à l'autre bout du monde. Comme si nos esprits devenaient quelque part le moteur de recherche d'un gettyimages, en plus sensitif - quelle image va réussir à exprimer dans le même temps mélancolie + relation amoureuse + envie de voyage ?

Quand j'avais des cours de sémiologie, on m'apprenait le sens caché des images. On démontrait comment une publicité Dior pour un parfum pouvait communiquer 'Tu es un homme violent avec ta femme, tu devrais lui acheter ce parfum', alors que l'on ne voyait qu'une fille bouclée dans les rues de Paris. Que l'on aille si loin ou non, on ne peut nier que les images ont une fonction symbolique importante. Entre interprétation, subjectivité et sens caché, nous utilisons les images pour tout dire mais en maitrisons nous réellement le sens ?


Afin de ne pas interférer dans le discours, je ne joindrai pas de photos à ce post.
thanks to : UglySmile

13 novembre 2009

APPLE X PARIS

Je sors du Apple Store. Un peu décue, pas assez grand, pas assez flamboyant, pas assez de lumières. Des experts qui n'ont pas l'air assez experts. Une caisse étrange composée d'une table et de 3 pauvres power books. Apple qui joue normalement la carte de la grandiloquence fait dans le petit pour son premier store en France. Mais propose une autre version différente de la marque. Dans un pays pas spécialement accro aux nouvelles technologies, la marque met en avant son côté didactique : quasimment pas de shows de nouveaux appareils, on cède la place à de multiples ateliers. Le mot d'ordre ? L'initiation. Minitables et petits Macs pour enfants, ateliers de formation, de perfectionnement, genius bar pris d'assaut, il semble que plus que de démontrer sa puissance, la marque semble vouloir toucher les français non encore raliés à la marque, faire ressortir son accessibilité et se rendre plus populaire. Une décision assez dans l'air du temps si l'on regarde la nouvelle campagne de son principal concurrent pour le lancement de Windows 7 et son slogan, 'Windows 7, c'est moi'. Apple joue alors aussi la carte de la marque sympa, comme d'habitude, mais en remet une couche sur l'accessible.

La localisation témoigne aussi de cela. D'abord pressenti pour s'installer dans l'impressionnant 'Dock en Seine', le bâtiment conçu par le duo d'architectes Jakob et Macfarlane, Apple a abandonné le projet, non seulement à cause du retard pris par cette construction, mais sans doute aussi pour sa localisation. Intégrer le futur lieu fort du design à Paris, ok. Se retrouver dans un lieu sans accès, perdu, non. On privilégie donc le centre de Paris avec une adresse au coeur du premier arrondissement qui a laissé les parisiens sceptiques. En effet, pourquoi Apple a choisi de s'installer dans la galerie commerciale la plus ringarde de la capitale ?

Réponse 1 : Un Apple Store est un lieu de shopping destination. On y va pour y aller, on ne tombe pas dessus par hasard, au détour d'une promenade. Donc même là, on s'y rendra. Et si on laisse l'imagination s'envoler. Implantation d'Apple = attirance pour de nouvelles marques = possible rénovation du parc commercial du Carrousel du Louvre.

Réponse 2 : La preuve par l'image.

L'Apple Store de la 5ème avenue à New York



Le Apple Store de Paris


N'y aura t'il jamais un touriste pour croire que cette pyramide de verre, là, au milieu du Louvre, c'est la façade du Apple Store et pas un monument architectural ? Je ne parierai pas. Bien joué Apple.

6 novembre 2009

LES FILLES DE CET AGE

J'ai croisé quelques filles, en sortant de chez moi, le week-end dernier. On est samedi après-midi, on a 15 ans, et on retrouve nos copines pour une virée de shopping jusqu'à 18H. Jusque là, tout va bien, rien de bien différent de ce que je faisais quand j'avais leur âge. Si ce n'est, leur look...Que les codes évoluent, évidemment, la question n'est pas là, les tendances influant leur époque, je comprends bien que nos partis-pris stylistiques divergent - que les miens aient disparus a fait plus de bien que de mal à la mode de toutes façons. Non, ce qui me surprend, c'est le classicisme des choses : foulard esprit Hermès, bottines esprit Isabel Marant, veste noire sobre lointainement Balmainisante, sac Longchamp. C'est joli, c'est bien choisi, mais ce n'est ni plus ni moins que ce que porte leur grande soeur ou leur mère. Pas de rébellion, pas de volonté de démarcation, pas de détournement.



J'ai acheté un livre l'autre jour, le dictionnaire du look - je vous prie de vous arrêter une seconde sur le nom si bien choisi. Il ressemble à une version ratée de 'Streetstyles', le livre de Ted Polhemus sorti à l'occasion d'une exposition à Londres dans les 90's consacrée aux différents socio-styles (j'aurais dit 'tribus', y'a quelques années, mais même les mots se démodent alors...). Il dressait le portrait de différents groupes identitaires, souvent fondés autour de la musique : Mod's, Skinheads, Rockers... en s'arrêtant non seulement sur leur look, mais surtout sur leurs fondements et leurs valeurs partagées. Le dictionnaire du look propose lui de dresser un état des lieux des nouvelles identités : Fluokids, Emo, Electro rock...en décryptant leurs idées de manière caricaturale et en portant en plus un jugement de valeur. (J'ai une passion pour les gens qui prennent de haut tout ce qui a trait à la mode mais qui prennent quand même la peine d'écrire un livre dessus).

Tout ça pour dire que ce livre dresse le portrait de tout ce qui existe mais oublie finalement l'essentiel, ces jeunes filles sans rebellion, qui lisent le même Elle que leur grande soeur, qui suivent la mode sans faire d'excès, qui connaissent déjà les codes et les bons mélanges. Un ami me raconte qu'il se fait aborder par deux filles de 12/13 ans, dans la rue, la semaine dernière. Leur question ? 'Tu sais où est le Marc Jacobs?'.J'ai l'impression qu'il s'agit d'une vraie différence de fond avec mon époque. Tout le monde n'était pas à la mode, loin de là, mais si on m'avait dit que je m'habillais comme ma mère à 14 ans, je l'aurai mal pris. Les vêtements permettaient de se démarquer, de s'affirmer. Les 'tendances' n'étaient pas les mêmes pour les ados et les adultes. Et les filles les plus cools du collège avaient le look de leur âge, certainement pas celui d'une minette de 25 ans qui entre dans la vie professionnelle. 

 Peut-on construire son identité vestimentaire sans fausse note, dans la copie très qualibrée? Chacun de ceux de ma génération ont des souvenirs précis de leur plus violent parti-pris stylistique. Je ne saurais pas comment m'habiller si je n'avais pas eu tant de fautes de goûts. Mes looks sont comme des souvenirs, des marqueurs dans mon histoire, il s'en est passé des trucs entre mes cheveux noirs et mon blond actuel, tout un tas d'étapes. Je ressemblerai à quoi si je ne les avait pas eu ?

24 septembre 2009

LES FILLES AIMERONT LES GARÇONS QUI FONT DE LA TROTTINETTE.

Le fixed gear, j'avais souvent eu envie d'en parler. Et puis, trop tard. Je ne comptais de toutes façons pas disserter sur le sport, mes connaissances en la matière se résumant à ce qu'à peu près tout le monde sait, soit les 4 principes : vélo de piste - rétropédallage - coursiers new yorkais et polo, that's it. Ce qui m'intéressait, c'était à la fois son pouvoir fédérateur mais aussi son engouement soudain, son idée de sport à la mode.




Comme pour le skate-board et toutes les déclinaisons de sports de glisse, ce sont leurs racines subversives qui attirent d'abord ceux qui les pratiquent. Issus du détournement, du bricolage, on emprunte les codes d'un sport, les équipements d'un autre, on change les supports et on mélange les règles. Un patchwork d'idées et de lois, ces activités ne donnent pas l'impression d'avoir été rédigées par des fédérations ampoulées, elles évoluent. Et ceux qui les pratiquent participent quelque part à en éditer les premières règles, posent les premières idées, les bases sur lesquels ces sports se construiront.

A toute époque, on a eu nos sports cools. Je me rappelle quand sortir avec un surfeur constituait une fin en soit.  A Londres, il y a deux ans, c'était la même chose avec le fixed gear, les filles un peu plus jeunes que moi n'envisageaient pas de sortir avec un mec qui n'aurait pas fait de vélo... Parce que, qui dit sport cool dit, garçon qui pratiquent + filles qui font semblant de pratiquer pour intéresser les garçons en achetant tout l'équipement mais qui n'en font jamais. Désolée, loin de moi l'idée de considérer les filles comme des greluches-groupies, mais en toute bonne foi, je vais avoir du mal à dire que les filles et les garcons sont égaux face aux sports à la mode....


La génération suivante a aussi ses codes. La semaine dernière j'étais à une brocante en banlieue, et il y avait un vieux skate park dans un coin - mes histoires de surfeurs à 15 ans + le récit de mon week-end, ce post prend une tournure beaucoup trop 'hier-j'ai-mangé-du-chocolat-c'était-sympa' à mon goût, mais tant pis... Il était pris d'assaut par des enfants de 10 ans, tous sur une trotinette. Pour moi, la trottinette restait l'objet ultime qui avait eu son petit sursaut d'intérêt il y a quelques années et qui était désormais l'accessoire des banquiers ennuyeux mais-regarde-je-suis-fun-je-fais-de-la-trotinette. Apparemment, j'étais à côté de la plaque.



Pour cette nouvelle génération, la trotinette semblait être le skate de la mienne. Esprit de groupes, rassemblement, skate parks entre potes (toujours pas de filles sur les rampes, navrée), rien n'avait changé.  Figures différentes mais même esprit. A la manière d'une profane, j'ai été demandé à un des garçons si ce sport portait un nom : trottinette. Basiquement.
Ce sport n'est sûrement pas nouveau mais combien de temps ceux avant lui ont mis pour émerger ? Au-delà de la presse spécialisée, personne n'en a parlé, pas d'articles, pas de photos... Alors que les magazines décryptent seulement l'engouement pour le vélo, des petits garçons dans les rues sont déjà passés à autre chose et érigent les bases d'un autre sport.

J'ai fait une petite enquête sur youtube (excellent outil d'études statistiques)
la vidéo de skate la plus vue : 13.604.267 vues
la vidéo de fixed la plus vue : 830.806 vues
la vidéo de razor scooter (l'autre nom de trottinette) la plus vue : 87.210 vues

Dix fois moins que le vélo, dont le grand public commence à parler. Wait and See.

31 août 2009

CET HIVER, LA MODE SERA AUX 00's

Le revival 90's...on le sent poindre depuis quelques mois, à petits pas, déjà un peu dans l'air, une paire de Timberland par ici, un jean troué par là... Alors on va être repartis, comme à chaque saison, pour des parutions presse sur 'la mode c'est cyclique' et patati et patata. 
C'est fou comme la mode, comme tous les sujets pas sérieux que certains prendront toujours de haut - 'Tu fais des études dans la Mode ? Tu veux être vendeuse? - ca se prête immanquablement aux phrases toutes faites et aux schémas simplistes. 

La mode, c'est le reflet d'un instant de la société, un marqueur temporel. Quand on regardera des photos de nous petits, qu'est ce qui nous permettra de les dater ? Nos taches de rousseurs ? Notre air innocent ? Non, nos coupes de cheveux, nos mauvais chouchous, nos sneakers et nos looks - ah, quel joli souvenir de cette photo de classe où je trone en caleçon-tee-shirt all-over à cerises- mais aussi les voitures qui nous entoureront et les portables que l'on aura dans la main.
C'est la mode qui figera dans le temps nos souvenirs et notre époque. 

Les mouvements de fond, les socio-styles, les punks ou les mods n'avait de raison d'être que dans la société dans laquelle ils vivaient, leurs revendications n'avaient de légitimité que face au monde dans lequel ils évoluaient.
Crise financière = limites du capitalisme = retour aux valeurs solidaires = hippies. CQFD. Un peu simpliste comme schéma non ? Nos préoccupations n'ont rien à voir, nos armes pour y répondre non plus. Nos inquiétudes, nos rêves, notre passé, nos référents, ne sont pas les mêmes qu'il y a 10, 20 ou 30 ans. Nos looks ne peuvent pas raconter la même chose.

Liberty X Hermès

Alors, biensur, on reprend des codes stylistiques : des robes Liberty, des épaulettes, des boots Doc Marteens ou des parkas, marqueurs forts d'une période. Mais on les réadapte. Toujours. Nécessairement. On retravaille les formes, pour les adapter aux nouveaux goûts On mixe, on croise les genres. On ne confondra jamais une photo de nous portant un look 80's avec celle d'une 'authentique' de l'époque.
Mais surtout, on n'a pas la même démarche en les consommant.
Trouver des Doc Marteens chez Comptoir des Cotonniers, ca change un peu la symbolique. 


Comptoir des Cotonniers / AW 2009-2010

Dire que la mode est cyclique, c'est simplement ne pas parler de mode, mais de tendances stylistiques, de vêtements seulement. Et c'est aussi, sans doute, sous-estimer un peu son importance.

28 juin 2009

BLACKBERRY, TWITTER ET LA VRAIE VIE

Il n'y a rien de pire que le blackberry de son interlocuteur pendant une réunion de travail. A une époque où le rendez-vous en face à face n'intervient qu'en dernier recours, quand on aura épuisé toutes les possibilités de mails et de coups de téléphone, c'est toujours un plaisir de prendre 2h pour un point qui aurait pu être reglé en 15 minutes si la vibration permanente ne coupait pas le fil...

Il y a quelques années, quand on n'imaginait pas qu'un jour on aurait des portables qui nous dirait le nom de la musique qui passe dans la rue, j'avais entendu parler d'un hôtel de luxe où les traders américains partant en vacances se faisaient confisquer leur blackberry, stocké au coffre, pour décrocher. Je trouvais ça amusant, un peu exagéré, ça me dépassait qu'on puisse en arriver là.

Le temps a passé depuis...A chaque diner, toujours une personne le téléphone à la main fait vivre la soirée par procuration aux absents.
Je me suis officiellement mise sur Twitter. J'avais l'étrange impression, depuis quelques temps, que lorsque je répondais 'Je ne suis pas sur Twitter', j'étais un peu l'ado de 14 ans qui aurait dit 'Non, je n'ai pas msn'.
Maintenant, je peux savoir que les gens à côté de moi, ceux qui ne me parlent pas, postent au reste du monde qu'ils passent une excellente soirée.

Je ne sais pas quoi penser du phénomène...Une envie passéiste passagère me ferait pencher pour un 'on passe notre temps à se parler en virtuel mais ce ne sont pas des liens réels' et j'observerai avec un peu de regret cette nouvelle génération... Ils ne connaitront pas les coups de fils aux copains pour essayer de retrouver un garçon qu'ils ont vaguement aperçu à une fête ('je chercherai sur facebook'), il n'enverront pas de lettres d'amour ('pourquoi je perdrais deux jours et je paierai un timbre ?'), ne pourront pas se dire 'je coupe les ponts' puisqu'ils pourront savoir ce que fait en temps et en heure ceux qu'ils ne veulent plus voir.
Pardon pour les plus jeunes, je vous parle d'un temps, que ceux qui n'ont pas connu le bip du modem qui se connecte, ne peuvent pas connaitre.

Et puis finalement, je me reprends. Je ne suis pas aussi sure que je l'aurai cru du méfait des nouveaux médias sur les relations. J'ai eu des coups de coeur sur des chats, dragué sur msn et quitté par texto. Je n'ai pas eu l'impression que tout ça était moins vrai, que les sentiments et les liens qui me liaient à ces gens, à ces moments, n'était pas aussi intéressants que ceux que j'ai vécu en face. S'il semble qu'il existe encore une hiérarchisation de l'importance que l'on donne au message selon le support utilisé (dans l'ordre : en face à face / lettre / téléphone / mail / texto / facebook / ichat / twitter), jusqu'à quand ? Ceux qui n'ont jamais écrit une lettre n'accorderont jamais plus de crédits à celle-ci qu'un mail bien tourné. Et combien de mots jamais envoyés par la poste alors que s'il avait fallu juste appuyer sur un bouton, ca n'aurait pas été pareil? La multiplication des médiums n'a pas changé la véracité des moments, elle en a juste changé les règles. Et quand bien même ce serait le cas, on n'a déjà plus vraiment le choix.

Tant pis, s'il faut choisir, je crois que je préfère des gens qui disent à tout le monde qu'ils passent un joli moment, même s'ils ne me le disent pas qu'à moi, que ceux qui ne me le diront jamais.