Il existe un lien particulier entre les garçons et les chemises. Un lien étrange, quasi mystique. Loin des filles décomplexées qui passent sans sourciller de la micro-jupe au boyfriend jean, il semble que la chemise pour le garçon soit entourée d'un aura particulier, une sorte de respect bienveillant.

Et puis ils grandissent un peu, deviennent ado. La chemise porte en elle une symbolique liée au père, au respect, au pouvoir : ceux qui cherchent à s'en distinguer la dédaignent, ceux qui cherchent à imiter l'adoptent : un substitut de crédibilité. C'est toujours amusant de voir les étudiants en école de commerce pour ça, les jours où ils ont des oraux. Le costume-chemise-cravate devient obligatoire et ils ont l'air gauches, ces garçons déguisés en mini-banquiers dans des vestes trop larges aux épaules, empruntées à leur père ou à leur grand frère. Les seuls qui portent parfaitement la chemise au quotidien dès l'adolescence, ce sont les fils à papa des quartiers huppés. Les preppy boys au sens premier du terme. Pour eux, la chemise est très tôt comme une seconde peau, mais pour la même raison : ressembler à papa. On l'accessoirise d'une montre de luxe et on fume des cigares et hop, on est déjà un peu plus crédible.
Il faut voir le mythe qui entoure la chemise. Par elle, le garçon jeune ou mal à l'aise s'achète une légitimité. En banlieue, les mecs ont l'habitude de ça : pour rentrer en club, pour être 'chic', il n'y a que la chemise comme alternative.
Enfin, un jour, elle arrête de devenir un déguisement. D'abord par une qui s'inscrit comme un complément du look, sans changement trop radical. Une matière agréable, un imprimé à carreaux, un détail amusant : on la met plus souvent, elle perd de son côté exceptionnel pour devenir un objet du quotidien. On ose même la déclinaison classique. Elle ne rappelle plus son père, elle est familière. Et comme elle permet plus de déclinaisons que les classiques tee-shirt et polos, une expression plus personnelle, on finit par l'adopter.

Tiffany Buathier © Felix Larher
L'autre jour, je dinais avec un groupe de garçons. J'en connaissais certains depuis assez longtemps pour les avoir vu porter en permanence des variantes du tee-shirt. Tous avaient une personnalité suffisamment affirmée pour pouvoir assumer sans problème un parti-pris stylistique personnel. Et bien non, la chemise classique se déclinait ici aussi du bleu jean au bleu clair. Pas un n'a dérogé à la règle.
On se dit que c'est la mode qui veut ça, on le met sur le compte d'une tendance aux preppy boys. Surement, mais finalement ça y est, quoi qu'il arrive, quelles que soient les tendances futures, elle fait désormais partie intégrante de leur vestiaire. Comme leur père, il ne sont pas nés avec, ils l'ont adoptée à petits pas.
Et si finalement ils avaient juste fini d'être des garçons ? L'un d'eux m'a dit qu'il s'était fait aborder par un garçon plus jeune, habillé comme lui il y a 1 an et il lui a fait cette remarque : 'Tu t'habilles en adulte maintenant?'.